Herbier littéraire

Pour la saison 2011-2012, comme chaque année, je propose à mes élèves adultes expérimentés, un nouveau sujet de travail : la réalisation d'un Herbier littéraire. Les textes choisis parlent de la nature d'une façon qui me touche. Le décor qui les accompagne s'inspire des magnifiques bordures de plantes, fleurs et fruits des Grandes Heures d'Anne de Bretagne dont deux pages proposées ici feront, je l'espère, le bonheur des amateurs de manuscrits anciens. Pour que le travail de calligraphie soit conséquent, j'ai choisi des textes assez longs faisant appel à onze écritures différentes. A mes élèves moins expérimentés je propose un projet plus abordable : la réalisation de cartes leur permettant de travailler quatre écritures : une Onciale, la Chancellière, la Caroline et une Gothique.

  J'appartiens à un pays que j'ai quitté. Tu ne peux empêcher qu'à cette heure s'y épanouisse au soleil toute une chevelure embaumée de forêts. Rien ne peut empêcher qu'à cette heure l'herbe profonde y noie le pied des arbres, d'un vert délicieux et apaisant dont mon âme a soif ... Viens, toi qui l'ignores, viens que je te dise tout bas : le parfum des bois de mon pays égale la fraise et la rose ! Tu jurerais, quand les taillis de ronces y sont en fleurs qu'un fruit mûrit on ne sait où, - là-bas, ici, tout près, - un fruit insaisissable qu'on aspire en ouvrant les narines.Tu jurerais, quand l'automne pénètre et meurtrit les feuillages tombés, qu'une pomme trop mûre vient de choir, et tu la cherches et tu la flaires, ici, là-bas, tout près ...

Les vrilles de la vigne (1908) - Colette 

Texte calligraphié en Onciale Romaine ; plume Brause n°1 ou William Mitchell n°4 ; lignes 4mm

Papier jaune soleil ; encre sépia

  Et si tu passais en juin, entre les prairies fauchées, à l'heure où la lune ruisselle sur les meules rondes qui sont les dunes de mon pays, tu sentirais, à leur parfum, s'ouvrir ton coeur. Tu fermerais les yeux, avec cette fierté grave dont tu voiles ta volupté, et tu laisserais tomber ta tête, avec un muet soupir ...

  Et si tu arrivais, un jour d'été, dans mon pays, au fond d'un jardin que je connais, un jardin noir de verdure et sans fleurs, si tu regardais bleuir, au lointain, une montagne ronde où les cailloux, les papillons, et les chardons se teignent du même azur mauve et poussiéreux, tu m'oublierais, et tu t'assoirais là, pour n'en plus bouger jusqu'au terme de ta vie.

Les vrilles de la vigne ( 1908) - Colette

Texte calligraphié en Chancelière ; plume Brause n°1 ou William Mitchell n°4 ; lignes 4mm ; inclinaison 10°

Papier lichen ; encre sépia

A une fleur séchée dans un album




Méditations poétiques (1820) - Alphonse de Lamartine

Texte calligraphié en Minuscule Insulaire ; plume Brause  n°3/4 ou William Mitchell n°5 ; lignes 4mm

Papier lie de vin ; gouache blanche




Consolation à M. du Périer sur la mort de sa fille (1598)- François de Malherbe

Texte calligraphié en Gothique Fraktur ; plume Brause n°1 ou William Mitchell n°4 ; lignes 5 mm

Papier lichen ; encre sépia





Texte calligraphié en Gothique Bâtarde ; plume Brause n°1 ou William Mitchell n°4 ; lignes 3,5 mm ; inclinaison 4°

Papier du texte lichen sur support jaune soleil ; encre sépia

Il m'en souvient,c'était aux plages Où m'attire un ciel du Midi, Ciel sans souillure et sans orages, Où j'aspirais sous les feuillages Les parfums d'un air attiédi. Tu croissais près d'une colonne D'un temple écrasé par le temps; Tu lui faisais une couronne, Tu parais son tronc monotone Avec tes chapiteaux flottants; Fleur qui décores la ruine Sans un regard pour t'admirer ! Je cueillis ta blanche étamine, Et j'emportai sur ma poitrine Tes parfums pour les respirer. Aujourd'hui, ciel, temple, rivage, Tout a disparu sans retour : Ton parfum est dans le nuage, Et je trouve, en tournant la page, La trace morte d'un beau jour !
Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle, Et les tristes discours Que te met en l'esprit l'amitié paternelle L'augmenteront toujours ! Le malheur de ta fille au tombeau descendue Par un commun trépas, Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue Ne se retrouve pas ? Je sais de quels appas son enfance était pleine, Et je n'ai pas entrepris, Injurieux ami, de soulager ta peine Avecque son mépris. Mais elle était du monde où les plus belles choses Ont le pire destin, Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin.
Venite exultemus d[omi]no, iubilemus deo salutari nostro : preoccupemus faciem eius in confessione et in psalmis iubilemus ei. Regem cui omnia vivunt. Venite adoremus. Quoniam deus magnus dominus et rex magnus sup[er] omnes deos : quoniam non repellet dominus plebem suam quia in manu eius sunt omnes fines terre : et altitudines montium ipse conspicit. Venite adoremus. Quoniam ipsius est mare et ipse fecit illud et aridam fun[daverunt manus ejus] Venez, réjouissons-nous devant le Seigneur ; poussons des cris de joie vers Dieu, notre Sauveur. Allons au-devant de lui avec des louanges, et chantons des cantiques à sa gloire. Ps 94, v1-2 Le Roi pour qui tout vit. Venez, adorons-le. Car le Seigneur est le grand Dieu, et le grand roi au-dessus de tous les dieux. Dans sa main sont tous les confins de la terre, et les sommets des montagnes lui appartiennent. Ps 94, v3-4 Venez, adorons-le. A lui est la mer, et c'est lui qui l'a faite, et ses mains ont formé le continent Ps 94, v 5

Plus mauves ... non, plus bleues... Je revois des prés, des bois profonds que la première poussée des bourgeons enbrume d'un vert insaisissable, des ruisseaux froids, des sources perdues, bues par le sable aussitôt que nées, des primevères de Pâques, des jeannettes jaunes au coeur safrané, et des violettes, des violettes, des violettes... Je revois une enfant silencieuse que le printemps enchantait déjà d'un bonheur sauvage, d'une triste et mystérieuse joie... Une enfant prisonnière, le jour, dans une école, et qui échangeait des jouets, des images, contre les premiers bouquets de violettes des bois, noués d'un fil de coton rouge, rapportés par les petites bergères des fermes environnantes.

Violettes - Les vrilles de la vigne (1908)- Colette

Titre et auteur calligraphiés en Moyenne Ronde ; plume Brause n°1 ou William Mitchell n°4 ; lignes 5/4/6 mm

Texte calligraphié en Financière; plume Brause n°1/2 ou William Mitchell n°6 ; lignes 3/2/4 mm ; interligne 5 mm

Papier lichen ; encre sépia

Violettes à courte tige, violettes blanches et violettes bleues, et violettes d'un blanc bleu veiné de nacre mauve, - violettes de coucous anémiques et larges, qui haussent sur de longues tiges leurs pâles corolles inodores... Violettes de février, fleuries sous la neige, déchiquetées, roussies de gel, laideronnes, pauvresses parfumées... Ô violettes de mon enfance ! Vous montez devant moi, toutes, vous treillagez le ciel laiteux d'avril, et la palpitation de vos petits visages innombrables m'enivre...

Violettes - Les vrilles de la vigne (1908) - Colette

Texte calligraphié en Anglaise ; plume Copperplate ; lignes 5 mm ; inclinaison 53°

Papier lie de vin ; gouache blanche





Texte calligraphié en Gothique Bâtarde ; plume Brause n°1 ou William Mitchell n°4 ; lignes 3,5 mm ; inclinaison 4°

Papier lichen ; encre sépia

Le Souci  Le Coucou

Et pour qui sont ces six soucis ? Coucous des bois et des jardins,

Ces six soucis sont pour mémoire. J'ai le coeur joyeux, j'ai le coeur tranquille.

Ne froncez donc pas les sourcils, Coucou fleuri, coucou malin,

Ne faites donc pas une histoire, Je viendrai te cueillir demain.

Mais souriez, car vous aussi, J'ai le coeur joyeux, j'ai le coeur tranquille

Vous aussi, aurez des soucis. De bon matin

Chantefleurs - Robert Desnos (1900-1945)

Texte calligraphié en Bénéventine ; plume Brause n°2 ou William Mitchell n°2 ; lignes 5mm

Papier jaune soleil ; encre sépia

Aujourd'hui

  comme tu aurais aimé

  sur l'herbe vive d'avril

  cet accord en bleu et blanc

  du lilas

  de la glycine

  et de l'iris

  toi qui crois

  à la tremblante éternité

  des beaux instants.  "A l'ami lointain" - Jean Lestavel

Conuerte nos deus salutaris noster Et auerte iram tua[m] a nobis Deus in adiutorium meum intende Domine ad adiuvandum me festina Gloria patri [ ] Sicut erat [ ] Psalmus david. Sepe expugnaverunt me a iuventute mea: dicat nunc israel Sepe expugnaverunt me a iuventute mea : etenim non potuerunt michi Supra dorsum meum fabrica[verunt peccatores] Fais-nous revenir, Dieu, notre salut, oublie ton ressentiment contre nous. Ps 84, v5 Dieu, venez à mon aide ! Seigneur hâtez-vous de me secourir ! Gloire au Père ... Comme il était ... Ils m'ont souvent attaqué depuis ma jeunesse, qu'Israël le dise maintenant Ils m'ont souvent attaqué depuis ma jeunesse mais ils n'ont pas prévalu sur moi. Les pécheurs ont travaillé sur mon dos ... Ps 128, v1-3

Texte calligraphié en Gothique Bâtarde Anglaise ; plume Brause n°1

ou William Mitchell n°4 ; lignes 4mm

Papier lichen ; encre sépia

Les sanglots longs des violons de l'automne

  Blessent mon coeur d'une langueur monotone.

  Tout suffocant et blême, quand sonne l'heure,

  Je me souviens des jours anciens et je pleure 

  Et je m'en vais au vent mauvais qui m'emporte

  Deçà, delà, pareil à la feuille morte.  "Chanson d'automne" - Paul Verlaine (1844-1896)

Texte calligraphié en Caroline ; plume Brause n°1 ou William Mitchell n°4 ; lignes 3,5 mm ; inclinaison 4°

Papier Lie de vin ; gouache blanche

Monsieur,

Vous me demandez de venir passer une huitaine de jours chez vous, c'est à dire auprès de ma fille que j'adore. Vous qui vivez auprès d'elle, vous savez combien je la vois rarement, combien sa présence m'enchante, et je suis touchée que vous m'invitiez à venir la voir. Pourtant je n'accepterai pas votre aimable invitation, du moins pas maintenant. Voici pourquoi : mon cactus rose va probablement fleurir. C'est une plante très rare, que l'on m'a donnée, et qui, m'a-t-on dit, ne fleurit sous nos climats que tous les quatre ans. Or je suis déjà une très vieille femme, et, si je m'absentais pendant que mon cactus rose va fleurir, je suis certaine de ne pas le voir refleurir une autre fois ...   "Le cactus rose de Sido" - La naissance du jour - Colette

Texte calligraphié en Moyenne Ronde ; plume Brause n°1 ou William Mitchell n°4 ; lignes 5/4/6 mmm

Papier lichen ; encre sépia

Remarque : Le mot "planche" est calligraphié en "Coulée" ; plume Brause n° 1/2 ou William Mitchell n° 6 ; lignes 3mm ; inclinaison 20°

Conseils : Utilisez un crayon HB sur le papier "lichen"

  un crayon B sur le papier "jaune soleil"

  un crayon Caran d'Ache blanc sur le papier "lie de vin".

Références : papier "jaune soleil" Canson mi-teintes n° 553 - 160 g/m2

  papier "lichen" Canson mi-teintes n° 407 - 160 g/m2

  papier "lie de vin" Canson mi-teintes n° 503 - 160 g/m2

  encre Colorex sépia n° 34

  gouache T7 blanc titane spécial n°11

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